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16 novembre 2020

Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary, le film d'animation de Rémi Chayé sorti le 14 octobre 2020 a reçu un accueil enthousiaste du public et des critiques.

Récompensé au festival d'animation d'Annecy, ce petit bijou mérite tout notre intérêt.

Brice Corneville, Bachelor en infographie 3D à l'Institut Artline nous parle de ses expériences, de sa reconversion professionnelle et nous raconte comment il s’est retrouvé mêlé à cette belle aventure visuelle.

 

Bonjour Brice, pourrais-tu nous parler de ton parcours ?

Avant de commencer l'infographie j'ai été jardinier pendant 3 ans.
C'était une activité assez sympathique, mais j'avais fini par m'en lasser, en parallèle cela faisait pas mal de temps que je voulais travailler dans l'univers de l'animation.

C'est entre 2015 et 2016 que je me suis lancé et que j'ai commencé une formation d'infographie en multimédia sur Rouen, à l'époque je n'avais pas encore une idée très précise de comment m'y prendre. J'ai tenté cette formation un peu au hasard.

Cette dernière était correcte, mais elle n'était pas tout à fait ciblée sur ce que je voulais vraiment faire. Cela s'apparentait davantage à une série de tutoriels peu satisfaisants qu'à une formation solide et complète.

Durant cette même période, j'ai également suivi des cours de dessin classique afin de gagner en compétences artistiques. C'est là bas que j'ai commencé à explorer d'autres pistes et à rechercher des écoles accessibles sur toute la France.

Malheureusement dans ma région il n'y en avait pas beaucoup, voire pas du tout. J'ai alors étudié mon « champ du possible » qui s'est assez vite réduit.

Il y avait beaucoup de contraintes comme les limites d'âge ou les limites géographiques.

C'est en me rendant à un salon que j'ai pris connaissance de l'existence des écoles en ligne.

Cela m'est vite apparu comme la meilleure option pour moi.

En 2017 j'ai rejoint l’Institut Artline pour débuter des cours de Bachelor Infographie 3D jusqu'en juillet 2019.

Le style cinémascope et la vibrante palette de couleurs nous plonge dans l’ambiance western

 

Passer d'une école «classique» à une école en ligne n'est pas encore un choix évident pour tout le monde. Cela vient de ton esprit pionnier ? De ta soif d'aventure ?

C'est curieux, mais je ne me suis pas autant posé la question que ça.

Je suis quelqu'un qui est à l'aise, seul, chez lui, cela ne m'est pas apparu comme un obstacle.

J'ai connu diverses formations : La fac de bio avec ses amphis bondés, la pâtisserie dans une classe de 16 à travailler en binôme, mais même à Rouen dans de petites classes de 8, on était seul devant son poste, très concentré sur ce que l'on faisait. Il y avait peu d'échanges finalement avec les autres.

Pour une école en ligne c'est juste une autre façon de communiquer, un autre état d'esprit.

Je peux comprendre que cela pourrait être un problème pour des personnes qui ont besoin de présences physiques pour créer du lien social, d'avoir besoin d'échanges en direct.

Pour ma part je me suis rapidement adapté et je n'ai ressenti aucun souci de ce côté là.

 

Une fois le Bachelor obtenu, comment s'est passée la recherche d'un travail ?

J'étais à la base en  recherche d'un petit stage pour étoffer mon CV, je l'évoquais un petit peu autour de moi.

J'en ai parlé par hasard à Lucile (Directrice programme et partenariat chez Artline), qui m'a informé que le studio 2 minutes préparait quelque chose pour un film d'animation et m'a conseillé d'y postuler.

J'envoie mon CV sans trop y croire et ça a marché.

Durant mes 6 derniers mois chez Artline j'ai cumulé mon stage sur le film Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary, mes cours et mon projet de fin d'étude.

Une fois que j'ai obtenu le Bachelor, le studio m'a embauché pour encore 6 mois.

Là où la vie réserve une certaine ironie c'est que, durant ma formation multimedia à Rouen, il y avait un logiciel que j'avais tout particulièrement négligé. C'était Adobe Animate, anciennement Flash.

A l'époque il était déjà sur le déclin et on ne l'utilisait plus trop pour le web, alors pourquoi perdre du temps dessus?

Il s'avère que les équipes du studio d'animation, pour Calamity, utilisaient essentiellement Animate. J'ai dû tout réapprendre comme quoi il ne faut jamais rien négliger dans ce métier.

Les aplats de couleur sans contours qui donnent sa personnalité au film

 

Comment on se retrouve à travailler sur un western d'animation en 2D, ce qui est bien loin de ton univers et de la 3D ?

Bien au départ c'est une promesse que je m'étais faite. Je voulais travailler sur un film d'animation quel qu'il soit.

Alors quand j'ai lu qu'ils avaient besoin de quelqu'un qui s'y connaissait un peu en 3D  je me suis dis que c'était exactement fait pour moi.

J'ai juste regardé le premier film de Rémi Chayé pour voir si cela correspondait à ce que j'aimais, ce qui était le cas.

J'ai trouvé qu'en terme d'éthique ils avaient une bonne démarche et qu'à ce stade je n'avais pas beaucoup de raison de dire non au projet.

A part peut-être sur le côté financier, car au début il s'agissait d'un stage et qu'on est un peu payé au lance pierre.

Mais je pense qu'au final ça en valait largement le coup, même si ça fait très mal le lance pierre.

 

Calamity c'est de l'animation 2D, alors où se situe la 3D dans ce film ?

En effet tout est fait en 2D dans Calamity.

Toutefois c'est un western, il y a un convoi avec une vingtaine de chariots, une quarantaine d'animaux, un troupeau de bœufs ainsi que des chevaux tout le long de l'histoire.

Tout cela peut devenir une charge de travail très très lourde pour un animateur 2D, ce qui se répercute en terme de coût d'où le recours à la 3D.

Sur les 6 premiers mois de stage nous étions juste deux: La personne qui supervisait mon travail, Sabine Hitier et moi.

Je devais gérer des rendus de chariots, m'assurer qu'ils soient bien intégrés à la scène.

Après ça j'ai ajusté des animations de chevaux, pour éviter les effets de glissements, pour que cela reste cohérent à l'œil.

J'ai eu un  peu de modélisation d'asset à faire, même si c'est resté modeste, comme une chaise, une lanterne, un essieu cassé, etc. J'avais un peu le rôle de couteau suisse durant la prod.

Intégration de chariots 3D dans l’animation

 

Comment s'est passée la transition entre le stage et le contrat ?

Déjà, 2 minutes à une démarche assez respectable, après un stage ils proposent souvent un contrat derrière, surtout quand le stagiaire à bien travaillé.

 Ici la proposition s'est faite assez naturellement. On m'a demandé si j'étais intéressé par un travail consistant à réunir la production des différentes équipes en un seul fichier et à vérifier si tout fonctionnait ensemble de manière cohérente.

J'avoue avoir eu un temps d'hésitation, car on sortait largement du cadre de la 3D, mais après réflexion, même si ce n'était pas la tâche la plus amusante, car très répétitive, ça me permettait d'en voir un peu plus sur la production et la post-production d'un film.

C'est aussi la grande chance que j'ai eu avec ce projet. J’ai pu vivre une grosse portion de la création d'un film, depuis l'animatique (story board animé) avec les chariots en 3D jusqu'au travail final sur After Effect.

Moteur modélisé sous Maya

 

Quels sont les logiciels que tu as appris à maîtriser et ceux qui te font encore défaut selon toi ?

Le premier piège c'est qu'il y a énormément de logiciels et on pourrait très rapidement se disperser. Moi j'essaye de me recentrer sur la base. Je me fixe pour le moment comme objectif de me parfaire dans 4 logiciels.

Le premier, celui qui est central, c'est Maya, c'est un outil polyvalent tant dans le texturing, la modélisation ou l'animation avec les rigs.

ZBrush, c'est un vrai bonheur ce logiciel, j'aimerai le connaître beaucoup mieux car il possède des milliards d'outils et d'options, mais pour qui s'y plonge, on peut en tirer de bonnes choses en le pratiquant quelques semaines.

Pour la texture j'ai eu beaucoup de mal avec un logiciel qui s'appelle Mari, qui a une interface un peu trop indigeste pour moi aussi j'ai tendance à me rabattre sur son concurrent qui est Substance Painter.

Le dernier que j'ai découvert sur le tard c'est Marvelous Designer qui permet de générer des vêtements sur mesure, c'est simple d'utilisation et ça s'apprend en une semaine.

J'ai même envie d'ajouter que je ne m'y connais pas en couture mais que si c'était le cas, qu'est ce que ça pourrait m'aider.

 

La voiture complète. Pièce pour Portfolio, rendu final

 

Maintenant que tu voles de tes propres ailes, as-tu encore des relations avec Artline et avec sa communauté ?

Pas trop au début, j'étais dans une classe qui était assez discrète. Mais, point positif du confinement, j'ai gardé le contact avec le Slack de l'école.

C'est là que s'organisent des sessions à plusieurs de croquis en ligne à l'initiative des concept artists et qui se terminent parfois sur des jeux, je crois qu'ils ont une addiction au skribbl.io. (rires).

Je participe depuis peu de temps à ces réunions et j'apprécie. C'est rafraîchissant et c'est le bon état d'esprit.

De là parfois naissent des projets. Il y a une élève de concept artist qui aimerait se faire son petit court métrage et moi j'aime l'idée d'y apporter bénévolement ma petite contribution.

 

Illustration libre sur une base 3D

 

Si on te fournissait un budget illimité pour un projet personnel, que ferais-tu ?

J'ai un passé de joueur de jeux de rôles de type Donjon & Dragon aussi quand je réfléchis à une histoire c'est toujours avec un groupe d'aventuriers. J'aime l'idée d'un voyage en chemin de fer, dans un univers Steampunk avec des personnages originaux que l'on croiserait dans ce train. C'est une grande envie vague.

Mais plus spontanément, j'aimerais bien faire de petits films d'animation, juste pour mettre la main à la pâte sans forcément avoir à tenir la barre d'un projet.

Mais tout cela demande encore de la maturation, surtout quand je mesure le travail que Rémi Chayé a fait avec Calamity. Il a su distinguer quelque chose d'intéressant à raconter sur Calamity Jane qui faisait écho à des préoccupations de notre société actuelle pour en faire une belle histoire.

Modélisation de personnage de style Pixar

 

Quelques conseils pour quelqu'un qui voudrait se lancer dans une carrière dans l'infographie 3D ?

Ne jamais négliger l'apprentissage du dessin, ce n'est pas tant que vous allez gagner des compétences au crayon mais c'est qu'en le pratiquant on va acquérir des compétences en observation, comprendre comment on compose une image, avoir une bonne base dans la théorie des couleurs. Je pense que mon erreur c'est d'avoir abandonné à un moment le dessin et je le paye encore artistiquement parlant.

Pour reparler encore de  personnages, la raison pour laquelle c'est encore un peu compliqué pour moi, c'est parce qu'en anatomie j'ai encore beaucoup de difficultés.

Malgré les cours, malgré ma curiosité personnelle, malgré les livres d'anatomie.

Pour la scolarité, que ce soit en ligne ou en présentiel, évaluez bien votre capacité à être autonome. Il n'y a pas de honte à être sensible à des sources de diversion comme les jeux vidéos, surtout quand on travaille sur un PC.

Si vous pensez pouvoir être solide et sérieux devant votre ordinateur, une école en ligne est une bonne option pour vous, mais sinon il faut être honnête avec soi et se diriger peut-être vers des écoles aux formats plus classiques.

Autant j'ai vu des élèves qui sont extrêmement à l'aise et qui naviguent là-dedans comme s'ils avaient toujours connu ça, autant j'en ai vu avec qui c'est un peu plus compliqué et pour qui ce genre de scolarité n'était pas vraiment fait pour eux, je pense.

Ne pas négliger le matériel, même si c'est un peu terre à terre comme concept.

Sans forcément viser la bête de course avec la dernière carte graphique, le dernier processeur.

Savoir se trouver un bon poste de travail, avec 2 écrans, c'est déjà pas mal.

Ajouter une tablette graphique également qui va vous être très utile, même pour de la 3D. 

En cherchant bien, il y a toujours un moyen de s'équiper sans se ruiner.

Il ne faut pas se comparer avec des professionnels qui ont 18 ans d'expérience, surtout pas.

Souvent on se dévalue beaucoup car on à l'habitude de voir de la qualité sur nos écrans. L'excellence, aujourd'hui pour moi, elle est présente partout et le public est devenu extrêmement critique et très exigeant. Laissez vous une chance de progresser.

Par contre comparez-vous avec votre vous-même d'il y a 1 an. Peut-être même 1 mois selon votre rythme de progression.

Je pense qu'il est là aussi le plaisir personnel, de voir quels ont été les progrès et de voir que mine de rien, les efforts ça paye. C'est pour entretenir le moral à long terme et c'est important.

Un dernier conseil. Ne faites pas que des «Gros projets» à portfolio même s'il est essentiel d'avoir un très bon portfolio ou une bande démo dans ces métiers où vos preuves vous les faites par l'image.

Si vous voulez progresser faite de petits exercices rapides.

Dans le cadre d'un portrait faites juste du sculpt, ne poussez pas jusqu'à de la retopologie ou de la texture.

Faite de petit entraînement pour vous libérer l'esprit, ça peut donner des idées derrières

Une fois que vous avez repéré un concept, une photo ou un sujet qui vous inspire tout particulièrement, là vous pouvez vous faire votre pièce à portfolio car ce genre de pièce va vous demander beaucoup de temps et beaucoup d'énergie.

 

Sage conseils, merci Brice pour le temps que tu m'as accordé.

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Illustrations © Institut Artline

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