- 30/05/2022

L’illustration jeunesse : un métier méconnu

Très jeune déjà, je prenais plaisir à lire et redécouvrir les albums jeunesse qui remplissaient ma bibliothèque. J’aimais passer du temps à observer chaque détail, à trouver ce que les autres n’avaient peut-être pas vu, et à redessiner les images à la manière de l’illustrateur.

C’est tout naturellement qu’aujourd’hui j’ai décidé d’écrire sur un métier dont on parle peu, mais qui est, pour moi je trouve, un des plus beaux métiers du monde : le vendeur de rêves des enfants, l’illustrateur jeunesse.

Le métier d’illustrateur jeunesse

 

L’illustrateur jeunesse est un véritable conteur d’histoires, il a l’art de mettre en scène des histoires et de nous faire voyager à travers des pages. Il travaille en général en collaboration avec l’auteur, par l’intermédiaire de l’éditeur, ou alors en autoédition avec un manuscrit qui lui appartient.

C’est un véritable couteau suisse : capable de travailler des personnages, mais aussi les décors et tous les accessoires, comme les voitures, ou même les plus petits objets. Et ce sur différents supports : livres pour enfants, couverture de roman, bande dessinée, jeu de société, article de presse, affiche, etc.

priscillaBien que l’illustrateur ait, en général, un style bien approprié, qui le démarquera d’ailleurs d’autres illustrateurs, il se doit de respecter certaines règles. Il se doit d’abord, d’être en accord avec l’auteur, et l’éditeur lorsqu’il y en a, sur l’interprétation du texte et l’univers dans lequel ils veulent plonger le lecteur. Ensuite, les livres jeunesse s’inscrivent dans des tranches d’âge qu’il se doit de garder en tête, et suivant cette tranche, la complexité de l’illustration ne sera bien sûr pas la même. Par exemple, des perspectives trop poussées pourraient être compliquées à décrypter pour de jeunes enfants. Enfin, l’image doit proposer plus que le texte, pour séduire le lecteur et l’inviter à s’y plonger.

Mais c’est au fil des siècles que les techniques et que cette pensée de la société a évolué, comme je vous propose dans le découvrir dans le paragraphe suivant…

 

L’histoire de l’illustration jeunesse

L’illustration a toujours eu une place au côté de l’homme, à commencer par la préhistoire où l’on peignait dans des grottes, en passant par les Grecs et les Romains. L’art fait partie, et ce depuis toujours, de l’ADN de l’homme.

Mais il a fallu attendre plusieurs siècles pour que l’illustration prenne sa place à part entière et que des albums lui soient dédiés.

L’apparition du codex, premier livre de pages manuscrites reliées ensemble, remplaçant les papyrus, va favoriser l’apparition des premières images par le biais des enluminures, puis des gravures sur bois.

En effet, quelques documents anciens retrouvés en Égypte, notamment, montrent déjà la présence d’enluminures venant ornées des écrits.

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Les enluminures venaient surtout appuyer des textes religieux, où l’on pouvait y retrouver des portraits divins mais aussi des scènes plus décoratives.

De premiers livres éducatifs ont par la suite vu le jour, et firent les premiers à être destinés plutôt à la jeunesse, comme le livre manuscrit enluminé par Barthélémy d’Eck dans les années 1460 et écrit par le roi Réné d’Anjou : le livre des tournois.

La gravure va prendre la suite et se développer à partir du XVIIe siècle, elle va servir les illustrations et permettre de développer trois grands domaines de l’illustration à cette époque : l’apprentissage des rudiments, le colportage (contes par exemple), et l’éducation de la noblesse.

C’est à partir du XIXe siècle qu’on l’on ne parle plus de livre jeunesse mais d’album : l’image prendre une réelle place et ne sert plus seulement le texte, elle a sa propre existence.

En 1860, Hachette lance dans une collection dynamique (albums Trim) dont : « Pierre l’ébouriffé » écrit pour ses enfants par un psychiatre allemand Hoffmann.

C’est dans cette même époque que Gustave doré illustre par des gravures les contes de Charles Perrault : qui auront une fonction double : orner le livre mais aussi l’interpréter : ajouter ce que le texte ne dit pas.

L’illustration va, des années plus tard, connaitre un véritable essor avec la lithographie, technique d’impression nouvelle qui permettra de reproduire des œuvres originales en plusieurs exemplaires, mais aussi avec l’apparition des dessins de presse et la photographie.

La lithographie permettra notamment l’apparition des images d’Epinal qui auront un grand succès auprès des enfants.

Au XXe siècle, pendant que le cinéma d’animation est en plein développement, l’illustration jeunesse, elle, devient davantage narrative, comme avec Le roman du renard, de Benjamin Rabier.

La société évolue, l’enfant devient une personne à part entière et les techniques d’impression s’améliorent, elle aussi, avec la quadrichromie et l’impression offset, permettant une plus large gamme d’illustrations.
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L’illustrateur, Benjamin Rabier va continuer sur sa vision narrative de l’illustration et va réaliser Gédéon, un album proche de la BD, où il va moderniser l’image dans l’album en jouant sur le format des vignettes : les textes sont très réduits voir totalement absents et les illustrations y ont une grande importance.

En 1930, chez Flammarion, naissent les albums du père Castor avec des livres très connus maintenant comme Boucle d’Or, ou encore Roule galette.

En 1968, l’école des loisirs traduit les trois brigands de Tomi Ungerer.

Petit à petit de plus en plus de style et d’univers vont voir le jour, en allant du découpage à l’aquarelle, en passant par les images numériques ou encore l’acrylique, et tout ceci va rendre les bibliothèques jeunesses très riches de création, de monde différent et de diversité de pensée !
Mais attention, les titres que je vous ai cités plus haut ne sont qu’un infime échantillon de tout ce qui a pu paraître dans ces époques et tout ce qui existe encore maintenant, je vous invite donc à être curieux et à parcourir les bibliothèques en quête de vieilles histoires et de techniques maintenant révolues !

 

Les livres les plus connus en illustration jeunesse

Même si la liste de livre jeunesse existant maintenant dans nos rayons est très longue, je vous propose ici de vous rassembler quelques ouvrages parmi les plus réputés, que je vous invite d’ailleurs à consulter 

  • Le voyage de Babar, de Jean de Brunhoff
  • Le Petit Prince, d’Antoine de Saint-Exupéry
  • Les Trois Brigands, de Tomi Ungerer
  • Arc-en-ciel, de Marcus Pfister
  • Elmer, de David McKee
  • Roule galette..., de Natha Caputo et Pierre Belvès
  • Ma vallée, de Claude Ponti
  • Un livre, de Hervé Tullet
  • Devine combien je t'aime, de Sam McBratney
  • La couleur des émotions, de Anna Llenas
  • Pierre Lapin, de Beatrix Potter

Et voici, ci-dessous, les derniers succès de 2021 :

  • La couleur des émotions, Anna LIenas, Ed. 4 fleuves
  • Mon amour, Astrid Desbordes, Ed Albin Michel
  • Tchoupi va sur le pot, Thierry Courtin, Ed Nathan
  • L’enfant, la taupe, le renard et le cheval, Charlie Mackesy, Ed Les Arènes
  • Je t’aimerai toujours, quoi qu’il arrive, Debi Gliori, Ed Gautier-Languereau
  • Cornebidouille, Pierre Bertrand, Ecole des Loisirs

Grandes maisons d’édition française

Il faut tout d’abord savoir que l’édition jeunesse est un secteur qui regroupe des ouvrages dans trois catégories distinctes :

  • Documentaire et encyclopédie : ouvrages généralistes comme les dictionnaires et encyclopédies, ouvrages orientés vers une thématique spécifique comme la nature, les animaux, la science, etc.
  • Éveil – petite enfance : albums petite enfance cartonnés, livres d’éveil et livres d’activités manuelles.
  • Fiction jeunesse, adolescents et jeunes adultes : albums et romans de fiction petit et grand format, pour tous les âges.

En France, de plus en plus de maisons d’édition se lancent dans l’édition jeunesse, un domaine porteur, en voici quelques-unes parmi les plus réputées et historiques :

  • Auzou editions : qui a notamment publié Loup et P’tit Loup ;
  • Ecole de loisirs : qui compte parmi ses illustrateurs les plus connnus Claude Ponti ;
  • Editions Milan : qui a publié Picoti entres autres ;
  • Fleurus edition : qui existe depuis plus de 70 ans ;
  • Edition Gautier Langereau : dont Bécassine est le premier succès ;
  • Nathan : créateur de Tchoupi notamment ;
  • Bayard Jeunesse : qui a fait naître les J’aime lire et plus récemment Mortelle Adèle ;

Et nous pourrions aussi citer : Didier jeunesse, Scrinéo, Flammarion, Hachette, Albin Michel, les Editions Kiwi, … Je vous laisse le soin d’aller découvrir leurs productions et d’aller apprécier leurs univers respectifs !

Le rôle de l’illustration jeunesse

Au fil des époques, l’illustration jeunesse a eu différents rôles, différentes missions. D’abord créée pour éduquer, sur le plan moral mais aussi religieux, elle a ensuite été utilisée pour raconter et informer.

Aujourd’hui encore, l’album jeunesse a diverses vocations : support d’apprentissage, outil de sensibilisation à l’art (ou à d’autres sujets plus vastes comme la mort, la maladie, la médecine, etc...), recueil permettant la construction de l’imaginaire, et premier pas dans le monde de la littérature.

J’aime penser que l’illustration jeunesse est réellement, pour les enfants, un premier pas dans le monde des adultes.

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Marché du livre jeunesse

En 2021, 10 millions de livres en plus pour enfants et adolescents (versus 2020) ont été vendus. La vente de livre jeunesse représente 1 livre acheté sur 4, et ce hors Mangas !

Les livres jeunesse illustrés (albums, documentaires...) représentent toujours le plus gros segment avec 55% des ventes, devant les romans jeunesse (27%) et les bandes dessinées jeunesse hors manga. Un segment particulièrement dynamique puisqu'il progresse de 44% par rapport à 2020.


L’album jeunesse a encore, je pense, un bel avenir devant lui, avec chaque jour de nouvelles techniques, de nouvelles idées pour le rendre unique. Il reste l’endroit privilégié de l’apprentissage de l’enfant, bataille qu’il mène face aux écrans qui prennent de plus en plus de place chez les plus jeunes. C’est le lieu de l’imaginaire, le premier contact pour les enfants avec le monde créatif et leur première initiation narrative.

Vous l’aurez compris, l’illustration jeunesse me passionne, passion qui est née petit à petit et qui a complètement germé lors de mon Bachelor Concept Art & Illustration chez l’Institut Artline. Récemment diplômée, j’espère bientôt pouvoir vous présenter, à vous et vos enfants par la suite, de beaux albums illustrés de ma plume !



Pour les plus intéressés, à noter qu’il existe un musée de l’Illustration jeunesse à Moulins retraçant l’histoire de l’illustration jeunesse et exposant plusieurs collections et ouvrages. Un lieu à visiter !



Retrouvez Priscillia et ses réalisations juste ici !



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